Recherche militaire à McGill: le Sénat votera (article)

Le Sénat votera sur une nouvelle politique d’évaluation éthique des recherches.

Louis Saint-Aimé, Le Délit (www.delitfrancais.com)

Vote de l'assemblée générale contre la recherche en armes thermobariques

Vote de l'assemblée générale contre la recherche en armes thermobariques

Les contrats juteux de l’armée américaine, le financement indirect du Département de la défense canadien, et le développement, à McGill même, de nouvelles armes destructrices et létales utilisées récemment en Afghanistan: autant de sujets qui formaient les grandes lignes d’une conférence animée par quatre membres de Demilitarize McGill (DM), le vendredi 20 février, à la salle Lev Bukhman de l’édifice Shatner.

 

«Dans les années soixante-dix et quatre-vingts, le Département de génie mécanique faisait des recherches sur les explosifs carburant-air. Ces recherches étaient financées par des contrats militaires de recherche», a souligné Nat Marshik, étudiante en études féministes. Ces explosifs ont été utilisés pour la première fois au Vietnam, puis durant la guerre du Golfe en 1991, en Tchétchénie en 1999 et actuellement en Afghanistan. «Ils sont développés dans le but de causer un maximum de dommages et de létalité», a-t-elle ajouté.

 

Le principe: une première explosion répand du carburant, qui se diffuse dans l’air en remplissant tous les espaces non hermétiquement fermés. Une seconde explosion fait détonner ce mélange combustible, produisant une puissante onde de choc, souvent mortelle pour quiconque se trouverait dans les parages.

 

Selon Marshik, Human Rights Watch porte un intérêt particulier à ces armes mortelles et controversées parce que non discriminatoires. Quoique ces recherches ne soient plus financées directement par l’armée, elles continuent à McGill en 2009 sous la supervision du professeur David Frost, du Département de génie.

 

«Souvent, ces recherches sont présentées comme des mesures préventives ou défensive, alors qu’elles permettent clairement d’élaborer des armes offensives», a affirmé Cleve Higgins, également membre de DM. «Par exemple, on dit que ce sont des recherches antiterroristes ou pour prévenir les accidents civils. De là, il n’y a souvent qu’un pas à faire pour développer des bombes jusqu’à seize fois plus puissantes que les explosifs conventionnels», a-t-il conclu.

 

«C’est logique d’étudier les conflits», a dit Alexandre Vidal, étudiant en environnement et membre de DM. «Par contre, on utilise souvent les institutions académiques pour donner un semblant de crédibilité aux interventions militaires. Un chef d’entreprise qui vend son produit ou un général d’armée qui veut faire accepter une intervention militaire n’est généralement pas perçu comme étant très crédible. Mais un professeur d’université qui parle à sa place pourrait l’être, et c’est pourquoi les contrats de recherche comportent souvent des clauses obligeant les professeurs à commenter favorablement ces projets ou interventions aux médias», a-t-il expliqué.

 

À l’assemblée générale de l’Association étudiante (AÉUM) en février dernier, les étudiants ont montré en masse leur opposition à la recherche en armes thermobariques à McGill par leur vote. Le 4 mars 2009, le Sénat mcgillois votera sur une nouvelle proposition visant à mieux encadrer l’éthique des recherches. Cependant, Higgins doute de la portée du débat: «Ils [les administrateurs] veulent enlever les mentions “ne doit pas blesser” et même le mot “militaire” de la nouvelle politique, les jugeant “trop spécifiques”. Je ne suis pas d’accord avec cette approche, étant donné que l’appareil militaire est la seule organisation étatique dont le but avoué est de causer des dommages corporels et la mort. Il est donc approprié de les nommer spécifiquement», a-t-il insisté.

 

«On ne peut pas toujours savoir ce qui adviendra des recherches qui sont faites», a-t-il ajouté, en citant le cas d’Einstein qui avait publié sans le vouloir le secret de la bombe atomique. «Mais l’AÉUM a voté pour plus de transparence dans le processus l’évaluation éthique des projets, jusqu’ici évalués au cas par cas par les professeurs eux-mêmes», a conclu Higgins.

*****

Mise à jour:

Le Sénat a reporté l’adoption de la nouvelle politique d’encadrement de recherche jusqu’à la session d’automne.

 

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